Friday, 12 December 2014

 Trans-Féminisme A La Française : Enjeux & Embûches?



Transcription revue et augmentée d’une intervention donnée à La Mutinerie (Paris), le 25 août 2012.

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PRÉAMBULE

Cette tentative d’analyse du trans-féminisme à la française ne prétend à aucune exhaustivité. Elle se veut un point de départ invitant à l’approfondissement de la réflexion.
Par ailleurs, je ne prétend à aucun moment avoir inventé la poudre. Cette analyse se base sur mon expérience personnelle (et limitée) de militante trans, lesbienne et féministe dans un contexte principalement français ainsi que sur de nombreuses discussions collectives, mais aussi beaucoup sur les travaux de Julia Serano et sur ceux d’une nébuleuse trans-féministe anglo-saxonne (USA, UK et Canada) qui s’exprime via de nombreuses voix et de nombreux supports (livres, blogs, films, discussions et autres événements militants). Cet article est une transcription d’une intervention qui avait pour but de transmettre des idées de provenances diverses et dont je ne me prétend à aucun moment la créatrice.
Enfin, cet article a été rédigé de cette manière car j’avais pour ambition de le proposer à une revue universitaire. Aujourd’hui, je regrette cette tentative d’incursion dans les hautes sphères de la pensée. Il faut bien avouer que l’écriture lisse à laquelle je me suis exercée ici (en l’occurrence, pas assez si l’on en croit les comités de lecture) me laisse une impression fade et sans saveur… Heureusement, on m’a bien rappelé ma place et qu’en tant que serveuse-plongeuse plus habituée aux fanzines punks qu’aux revues universitaires il était préférable que je m’exerce à l’écriture de slams et de témoignages plutôt que de tenter d’écrire des essais politiques dont je ne maîtrise pas les codes… Bref, je m’en veux aujourd’hui énormément d’avoir eu la faiblesse de penser qu’émergerait quoi que ce soit de révolutionnaire du monde universitaire français. Et je fais mes plus plates excuses à mes camarades pour cette trahison avortée.

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DÉFINITIONS PRÉALABLES

Dans cet article, sont définies comme transsexuelles les personnes dont le genre diffère de celui qui leur a été assigné à la naissance (ex : une femme transsexuelle est une femme qui a été assignée « M » à la naissance). Ainsi, les personnes cissexuelles sont celles dont le genre correspond à celui qui leur a été assigné à la naissance (ex : une femme cissexuelle est une femme qui a été assignée « F » à la naissance). Les personnes transgenres sont définies comme les personnes dont l’expression de genre (apparence et comportements) ne correspond pas aux attentes et normes socialement associées à leur genre (ex : une personne de genre féminin avec une identité butch – peu importe qu’elle soit transsexuelle ou cissexuelle). Les personnes cisgenres sont donc définies comme les personnes dont l’expression de genre correspond globalement aux normes et attentes couramment associées à leur genre (ex : une femme hétérosexuelle, d’apparence féminine, à l’écoute, discrète, etc. – peu importe qu’elle soit transsexuelle ou cissexuelle).
Ces définitions ne font pas l’unanimité au sein des communautés trans (ni en France ni ailleurs), notamment en raison des lourdes connotations pathologisantes qui pèsent sur le terme « transsexuel » et qui est avant tout le fait du corps médical et psychiatrique. Cependant, en l’absence d’autres termes plus convaincants qui ne soient pas réducteurs (le terme « trans » me semble trop simpliste et imprécis si l’on veut élaborer des analyses pertinentes et solides sur les histoires et problématiques transsexuelles et transgenres), je me permet de proposer des (re)définitions des termes existants, même si elles ne me satisfont pas tout à fait. Cependant, lorsque cela sera utile, j’utiliserais tout de même ponctuellement le terme « trans » pour regrouper les personnes transsexuelles et transgenres, et le terme de « cis » pour regrouper les personnes cissexuelles et cisgenres.

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TRANS-FÉMINISME : KESAKO ?

« Trans-feminism is the radical idea that trans women don’t need adult supervision to talk about feminism » (Monica Maldonado)
En France, nous avons un gros problème. Si nous héritons d’un certain nombre de concepts (par exemple : les problématiques queer, la hoggra, l’affirmative action, le trans-féminism, etc.), nous n’héritons pas pour autant de l’histoire qui s’y rattache ni du contexte qui les a vu naître. Cette situation donne souvent lieu à des relectures superficielles et à des interprétations douteuses, où certainEs cherchent désespérément à transposer des analyses et pratiques dans des contextes totalement différents pendant que d’autres se contentent de s’approprier des théories toutes faites en changeant simplement les noms et les lieux. Dans les deux cas, ça ne marche pas très bien.
Car il faudrait se décider. Soit en France, cette grande nation reluisante et illuminée, nous n’avons rien à apprendre du reste du monde, dans quel cas il serait temps d’avancer un peu et d’élaborer quelques analyses spécifiques pertinentes, soit nous voulons nous baser sur des expériences et théories venues d’ailleurs, dans quel cas il serait grand temps de se documenter sérieusement sur leurs histoires et de réaliser un vrai travail de traduction afin d’avoir accès aux références nécessaires. Bref, passons.
Dans le « monde anglo-saxon », la notion de trans-féminism semble recouvrir une réalité précise : l’extension des théories féministes incluant explicitement les femmes trans ainsi que nos vécus, nos analyses et nos enjeux. En France, dans les cercles militants féministes et LGBT, il semblerait que le terme « trans-féminisme » recouvre deux grandes notions.
La première, sœur jumelle du trans-féminisme anglo-saxon, milite en faveur d’un réel féminisme « intersectionnel », à savoir un féminisme pour toutes les femmes, par toutes les femmes et avec toutes les femmes, ne limitant pas ses axes de lutte à quelques maigres problématiques supposées universelles mais s’attachant à inclure, analyser et agir sur l’incroyable diversité de problématiques auxquelles sont confrontées les lesbiennes et les femmes. L’objectif étant d’aboutir à un féminisme utile à toutes les femmes et pas seulement à une minorité hétérosexuelle, cissexuelle, blanche et bourgeoise. Ce qui inclut entre autres, de fait, les femmes/lesbiennes transsexuelles. Au final, cette vision du trans-féminisme consiste simplement à rappeler au mouvement féministe qu’il existe aussi, au sein de la grande classe des femmes, des femmes/lesbiennes transsexuelles ayant des vécus et problématiques parfois spécifiques. Cette vision du trans-féminisme se situe donc en filiation directe avec la définition américaine.
La seconde « définition » qui pourrait s’appliquer au trans-féminisme franchouillard serait celle d’une volonté d’intégrer de nouvelles personnes et de nouveaux enjeux au sein des mouvements féministes. Il ne s’agit plus seulement de rappeler l’existence des femmes trans et leur légitimité à participer au mouvement féministe, mais d’inclure dans les mouvements féministes des personnes qui ne sont pas femmes/lesbiennes (notamment les hommes trans, les personnes transmasculines et les personnes transgenres) et leurs problématiques (notamment autour du genre, de la binarité homme/femme, des masculinités, etc.). Bien qu’ayant probablement une certaine pertinence, cette vision du trans-féminisme qui s’exprime dans certains cercles militants trans utilise une notion (le trans-féminisme) sans en mesurer l’histoire (notamment le fait que le trans-féminisme appartient aux femmes trans). Cependant, puisque ce texte se concentre sur la situation française et ses réalités concrètes, je considérerais cette définition comme valable dans la suite de mon raisonnement.1
En réfléchissant à la structure de cet article, j’ai d’abord pensé parler séparément de la situation dans la « société straight et patriarcale » et de la situation dans des contextes queer et féministes. Mais il semblerait – au vue des divers agendas féministes s’illustrant par une ignorance complète des vécus et problématiques trans, du nombre très réduit de lesbiennes/femmes trans au sein des mouvements féministes, et des propos et attitudes hostiles et inquisiteurs foisonnant au sein des cercles militants LGBT et féministes – que ces deux situations ne soient pas si différentes. C’est pourquoi j’ai choisi de traiter la question dans sa globalité, tout en utilisant parfois des exemples propres à certaines communautés militantes.
Il faut croire que les trans-féminismes à la française n’ont que peu d’effets. Soit on s’en fiche royalement (après tout, les personnes trans ne sont que des malades pathétiques et nuisibles qui veulent se faire passer pour ce qu’elles ne sont pas), soit on croit avoir tout compris sans même avoir pris le temps de réfléchir (symptôme souvent observé chez les militantEs et universitaires cissexuelLEs « trans-friendly »). Si on peut certes incriminer le nombre réduit de groupes et d’actions trans-féministes (et donc leur retentissement limité), il semblerait qu’un tel désintérêt et une telle méprise face aux enjeux trans-féministes soient avant tout dus à deux grands mécanismes qui restent malgré tout peu connus en France : la trans-misogynie et le cissexisme.

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LA TRANS-MISOGYNIE

La trans-misogynie est le croisement entre la transphobie et la misogynie conduisant à une forme spécifique de misogynie subie par les femmes trans et les personnes transféminines. La trans-misogynie peut être décrite comme un subtil mélange de transphobie « classique », de misogynie « classique », de misogynie « accentuée » et de fétichisation du masculin. Ces appellations très expérimentales seraient probablement à revoir ou à préciser, et on peut certainement trouver d’autres composantes à ce cocktail particulièrement complexe, mais essayons déjà de décortiquer ces quatre aspects principaux.


La transphobie « classique »

La transphobie peut se définir comme une hostilité et un mépris envers les personnes transsexuelles et transgenres. Elle peut prendre deux formes principales.
Le plus souvent, la transphobie se traduit par un rejet, un dégoût, une peur ou une dévalorisation des personnes trans. Cette forme de transphobie s’exprime à chaque fois qu’une personne trans est agressée, rejetée ou discriminée en raison de son statut trans. C’est ce qui se passe quand une personne trans est agressée dans la rue en raison de son éventuelle ambiguïté de genre, quand une personne cis vomi dans un coin de la pièce quand elle apprend que la personne avec qui elle s’apprêtait à baiser est trans, quand les personnes trans sont pathologisées, psychiatrisées et calibrées par des experts auto-proclamés qui voient dans l’exploitation d’une catégorie opprimée un bon moyen de faire carrière, etc.

Dans certaines sphères militantes LGB supposées trans-friendly (mais aussi dans la pornographie mainstream et/ou dans certaines sexualités straight), la transphobie peut aussi s’exprimer via l’exotisation des personnes trans. C’est ce qui se passe quand une personne cis voit et fantasme une personne trans comme la personnification de la subversion, comme un cul-freak super excitant, comme un troisième sexe supposé répondre aux interrogations historiques sur la binarité et le genre, etc. Cette forme de transphobie travestie en « transphilie » n’est rien d’autre qu’une forme d’objetisation et de fétichisation des personnes trans.


La misogynie « classique »

La misogynie « classique » peut se définir comme un mépris et une hostilité envers les femmes. Elle se manifeste entre autres par une dévalorisation permanente des attitudes, comportements, préoccupations et apparences généralement associés au genre féminin. Les femmes/lesbiennes transsexuelles sont victimes de ces formes de misogynie au même titre que toutes les femmes.

La misogynie s’exprime aussi dans l’effacement de la parole des femmes et de leurs expériences propres. Le neutre est masculin et le genre humain, c’est l’Homme. L’histoire et la parole des femmes sont ainsi réduites à un aspect particulier de l’histoire et de la parole de l’Homme, et par conséquent considérées comme secondaires. Cela conduit à l’oubli et à la négation du rôle des femmes dans l’histoire et à l’ignorance complète des vécus féminins. Un exemple relativement anecdotique mais pourtant significatif de l’effacement et de la dépossession de l’histoire des femmes transsexuelles est l’appropriation récente du mot « tranny »2 par certaines personnes transmasculines ne souhaitant pas se définir comme homme. Car le mot « tranny » a été historiquement utilisé par des agents du patriarcat (notamment par les producteurs de tranny porn) pour qualifier des femmes transsexuelles travailleuses du sexe. Ainsi, ce mot appartient à l’histoire des femmes transsexuelles et s’il doit être ré-approprié (au même titre que d’autres insultes l’ont été : gouine, pédé, queer,…), il ne peut l’être que par des femmes transsexuelles. Toute autre tentative d’appropriation doit ainsi être considérée comme misogyne.

Enfin, la misogynie « classique » s’exprime bien évidemment aussi dans l’objetisation du corps des femmes. Qu’il s’agisse de fétichisation (merveilleux objet de désir) ou de diabolisation (obscur objet de tentation), le corps des femmes a été historiquement utilisé pour satisfaire les objectifs des hommes. Il en est de même pour le corps des femmes transsexuelles qui peut être, y compris dans des sphères militantes féministes et LGBT, considéré comme un objet qu’on fétichise (un corps excitant supposé hors-normes qui fait fantasmer) ou qu’on diabolise (un corps monstrueux supposé hors-normes qui dégoûte).
Ces différentes formes de misogynie conduisent à un impensable du « vouloir être femme ». Si dans la communauté transféminine le rapport au choix est vécu de manières très différentes selon les personnes (certaines disent avoir « choisi » leur genre, d’autres disent n’avoir jamais vu d’autre option, et d’autre encore apportent des réponses plus nuancées et intermédiaires…), il n’en est pas moins qu’il y a une incompréhension généralisée des transitions MTF dans la mesure où il est couramment admis dans cette société qu’être une femme est une tare. Et le fait que des personnes supposées être en capacité d’échapper à cette condition (puisque affublées d’un « M » à la naissance) finissent au contraire par l’embrasser et par la revendiquer échappe à tout entendement. Bien entendu, de telles incompréhensions relèvent non seulement d’une misogynie des plus crasse, mais aussi d’une ignorance profonde des vécus des femmes transsexuelles.


La misogynie « accentuée »

Via cette appellation, j’ai choisi de mettre l’accent sur certaines formes de misogynie qui s’expriment d’une façon particulièrement intense lorsqu’elles ciblent les femmes transsexuelles.

Premièrement, on citera l’injonction à être suffisamment femme mais à ne surtout pas l’être trop. Si cette pression s’exerce sur toutes les femmes, elle est néanmoins particulièrement forte lorsqu’il s’agit des femmes trans. Notamment, si les sphères féministes permettent à de nombreuses femmes cissexuelles d’échapper à cette pression, elles l’accentuent souvent pour les femmes transsexuelles. Dans la société en général ET dans des contextes féministes, on attendra d’une femme transsexuelle qu’elle soit suffisamment « femme » (puisque toujours suspectée d’être un agent infiltré du patriarcat) mais surtout pas trop (puisque toujours suspectée de fétichiser la féminité). On attendra donc d’une femme trans qu’elle soit calme, à l’écoute, disponible, belle et présentable, mais surtout pas trop vulgaire, pétasse ou sûre d’elle… On ne peut pas faire beaucoup mieux en terme de reproduction des normes et injonctions de genre… Puisque la société patriarcale et les sphères féministes attendent finalement la même chose des femmes transsexuelle, nous sommes donc privées de cadre d’empowerment et d’affirmation de nous-même.

Deuxièmement, si toutes les femmes sont considérées comme des objets sexuels censées assouvir les pulsions/besoins/désirs des hommes, les femmes transsexuelles sont sur-sexualisées. Cette sur-sexualisation a pour origine les fantasmes de psychanalystes incapables de considérer la féminité autrement que comme un objet de désir et rivés à une vision phallocentrée, androcentrée et hétérocentrée de la sexualité. Ainsi, la transition MTF est considérée soit comme la tentative désespérée d’une personne attirée par les hommes pour devenir désirable à leurs yeux, soit comme la tentative narcissique d’une personne attirée par les femmes pour s’auto-contempler (ce que les psys appellent « autogynéphilie »). Dans les deux cas, puisque les femmes en général sont considérées comme des objets sexuels, une personne « désirant3 » être femme ne peut avoir que des motivations sexuelles. C’est pourquoi les femmes transsexuelles sont si régulièrement les cibles d’agressions sexuelles et/ou d’insinuations sexualisantes. Car si on reconnaît aux femmes cissexuelles une certaine innocence quant à leur situation (après tout, c’est la nature qui les a faites femmes), on attribue à l’inverse une culpabilité perverse et lubrique aux femmes transsexuelles qui l’ont bien cherché (après tout, elles l’ont voulu, elles l’on eu…).

Troisièmement, le mythe de l’éternel féminin et la spectacularisation du vécu des femmes transsexuelles a débouché sur une conception généralisée des femmes transsexuelles comme un bloc monolithique. Nous sommes toutes supposées avoir vécu la même enfance (avoir joué à la poupée dès nos 1 an et avoir subi des attouchements sexuels), avoir les mêmes centres d’intérêts (le vernis à ongles et les fringues), avoir les mêmes corps (seins siliconés et néo-vagins – ou pas, selon les milieux), avoir les mêmes sexualités (être attirées par les hommes, vouloir être pénétrées, être totalement passives), etc. Mais si La Fâme n’existe pas, La Fâme Trans n’existe pas non plus. Pourtant, notre nombre restreint (et donc notre spectacularisation) complique d’autant plus nos tentatives pour nous affirmer dans nos différences et nos spécificités, souvent loin des schémas préconçus sur la réalité supposée de La Femme Trans. Et si l’Eternel Féminin est largement contesté dans les rangs féministes, l’Éternel Transféminin reste quant à lui encore bien vivace tant il est facile de renvoyer des personnes minoritaires et gênantes à une image caricaturale et affaiblissante proposée à l’origine par les médias dominants.

Enfin, si la société patriarcale essaye d’imposer des normes corporelles à toutes les femmes, une pression particulièrement forte s’exerce sur les femmes transsexuelles afin de nous faire correspondre à certains standards physiques. Il n’y a qu’à voir la différence de traitement qui s’applique entre une femme transsexuelle « ayant un bon passing4 » et une femme transsexuelle « ayant un mauvais passing ». Si la première réussira au minimum à faire respecter son genre, à passer inaperçue et à paraître inoffensive, la seconde sera sans cesse réassignée au genre qui lui a été attribué à la naissance et sera sur-visibilisée comme « La Trans » et perçue comme une menace dérangeante. On attend en général des femmes transsexuelles qu’elles fassent des efforts surhumains pour bien montrer qu’elles sont femmes et on les scrute au microscope afin de détecter le moindre signe de « masculinité » dans leur corps. Par exemple, dans les milieux straight on attendra d’une femme trans qu’elle fasse une vaginoplastie car une femme sans vagin n’est pas une femme (ou plutôt, selon la vision straight et phallocentrée du monde : une femme ne doit pas avoir de pénis, car c’est l’absence de pénis qui fait la femme et non la présence d’un vagin/clitoris). Dans les milieux queer, au contraire, on attendra d’une femme trans qu’elle ne fasse pas de vaginoplastie car cela signifierait une soumission aux normes sociales patriarcales. Fuck off ! Nos corps nous appartiennent ! Ils n’appartiennent en aucun cas à vos agendas normés ou déconstruits, et si on décide de les transformer ou pas, c’est avant tout pour nous-même et certainement pas pour confirmer ou infirmer certaines normes sociales !


La fétichisation du masculin

La misogynie « classique » et la misogynie « accentuée » conduisent à une véritable fétichisation du masculin. Puisque tout ce qui est associé au féminin est considéré comme faible et artificiel, les comportements et rôles dits « masculins » sont considérés comme forts et naturels, et donc enviables.

Tout d’abord, attardons-nous sur le « naturel » supposé de la masculinité. Puisque la masculinité est supposée naturelle, et que la féminité est supposée artificielle, les femmes/lesbiennes transsexuelles sont parfois accusées de « porter en elles » le privilège masculin du fait d’avoir été assignées « garçon » à la naissance. Ces accusations sont autant le fait de féministes essentialistes (le privilège masculin se trouve dans les gènes) que de féministes matérialistes (le privilège masculin se trouve dans la construction sociale héritée par toute personne ayant expérimenté le genre masculin). Si les arguments essentialistes peuvent être rapidement balayés (si tout est génétique, à ce compte là, mon identité de femme se trouve aussi dans mes gènes puisque j’ai transitionné… et tant qu’on y est : le patriarcat est un fait de nature qu’il est inutile de combattre…), s’attaquer aux arguments matérialistes est souvent plus difficile puisque les vécus et constructions des femmes transsexuelles sont généralement ignorés (misogynie oblige), passés sous silence, et ré-interprétés au bon vouloir des personnes cissexuelles.

Pourtant, il suffit de se poser une question simple : quand on passe toute une partie de sa vie « à côté de soi-même » (période pré-transition), est-ce qu’on peut vraiment parler d’avoir « expérimenté le genre masculin » ou d’avoir eu une « sociabilisation masculine » ? Nos vécus de femmes transsexuelles sont divers, et les rapports que nous entretenons avec la période de nos vies antérieure à nos transitions sont multiples et complexes. Personnellement, la seule image qu’il me reste de moi-même d’avant ma transition est celle d’une version « contrefaite » de moi-même, d’une qualité médiocre, fade et sans intérêt, incapable d’exercer ma capacité d’agir et incapable de trouver la moindre solution à mes problèmes existentiels ni de trouver le moindre endroit où me sentir chez moi. Cela ne veut pas dire qu’à certains moments de mon existence, quand je voulais me persuader de mon appartenance au genre masculin (où quand d’autres personnes voulaient m’y faire croire, où quand je pensais pouvoir m’y résigner, ou encore quand je croyais que c’était la seule réalité possible), il ne m’est pas arrivé d’exprimer des attitudes masculines merdiques qui ont pu me mettre dans une position ponctuelle dominante. Pour autant, dans la mesure où ces attitudes étaient générées par un déni et un rejet de mon genre féminin, elles ne m’ont en réalité apporté aucun vrai bénéfice – en d’autres mots, elles ne se sont pas traduites en privilège – puisqu’au final cela n’a fait qu’accentuer mon sentiment de non-correspondance au genre masculin et n’a participé en rien à ma construction réelle en tant qu’individue. La pression sociale fait que l’on se conforme ponctuellement à certaines attentes (il n’y a qu’à voir le nombre de femmes trans qui ont exercé un métier hyper viril avant leur transition), mais on demeure pourtant incapables de valoriser les privilèges qui y sont associés puisque qu’ils ne sont pas conçus pour nous (en tant que femmes trans) mais pour des hommes (ceux que nous étions supposées devenir). En bref, côtoyer à distance, ponctuellement et partiellement, certains privilèges n’est que maigre compensation face à l’entrave que cela représente d’avoir à survivre en dehors de soi-même.

Ainsi, affirmer que les femmes transsexuelles héritent d’un quelconque privilège masculin est à la fois misogyne (dans la mesure où cela implique une ignorance complète des vécus transféminins) et à la fois sexiste et anti-féministe (dans la mesure où cela implique d’adhérer à l’idée selon laquelle le masculin est plus naturel que le féminin, plus « vrai », plus « ancré », et donc plus légitime).

Puisque la masculinité est supposée naturelle et forte, il n’est pas rare, dans certaines sphères féministes, d’entendre dire que les femmes (entendez : les femmes cissexuelles) sont affaiblies par leur construction sociale, et que pour s’en extraire elles doivent se réapproprier des codes masculins. En gros, que les femmes peuvent être des hommes comme les autres, mais que le patriarcat les en empêche. Si je n’ai strictement rien à dire sur les différents choix individuels et/ou collectifs mis en œuvre par certaines femmes/lesbiennes pour survivre dans ce monde patriarcal, je souhaite tout de même mettre en garde contre la transformation de choix individuels et/ou collectifs en doctrine politique exclusive. En clair, si certaines lesbiennes/femmes considèrent comme plus viables pour elles de se réapproprier des codes masculins, tant mieux, mais il ne faudrait pas en faire un programme politique unique. Selon moi, un des buts du féminisme devrait être d’aboutir à un monde où toutes les femmes/lesbiennes seraient en mesure de vivre à travers des expressions de genre et des attitudes qui leur correspondent et leur permettent de mener à bien leur vie, et non pas à un monde où toutes les lesbiennes/femmes se comporteraient comme des mecs (même si cela resterait une option parmi d’autres).

Pourtant, si certains « attributs masculins » sont bien utiles aux lesbiennes/femmes (par exemple : pouvoir ouvrir sa gueule), d’autres le sont moins (par exemple : être incapable de gérer le relationnel). Pourtant, en restant sur ces exemples, une femme qui assumera le rôle de gestion du relationnel sera simplement perçue comme une femme, alors qu’une femme qui ouvrira sa gueule sera perçue comme une femme émancipée. Or, pour une émancipation féministe, il me semble tout autant nécessaire de savoir ouvrir sa gueule que de savoir gérer le relationnel. Mais ce dernier rôle est souvent délaissé, donnant parfois lieu, entre autres, à des situations relationnelles et affectives catastrophiques dans les milieux féministes et LGBT.

Il n’y a aucun schéma-type d’émancipation. Si certaines lesbiennes/femmes s’émancipent via une réappropriation des « codes masculins », d’autres s’émancipent via une revalorisation des « codes féminins », et d’autres encore réussissent à faire de savants mélanges entre les deux. Toute hiérarchie visant à placer l’émancipation « par la réappropriation du masculin » comme supérieure ou plus subversive que l’émancipation « par la revalorisation du féminin » n’est qu’une simple reproduction viriliste de la supériorité, de la légitimité et de la « neutralité » masculines.

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LE CISSEXISME

Le cissexisme est un système politique instituant la domination des genres cissexuels et/ou cisgenres sur les genres transsexuels et/ou transgenres, ces derniers étant considérés comme moins « naturels », moins « légitimes », moins « beaux » que les genres cissexuels dominants.

Le cissexisme permet aux personnes cissexuelles de développer certaines aptitudes et attitudes (notamment un sens de la légitimité particulièrement exacerbé) conduisant à une instrumentalisation, un pillage et un sabotage des luttes, personnes, problématiques et revendications trans.

Dans la suite de cette article, je ne cherche à aucun moment à nier la capacité d’agir des personnes trans. Si les personnes trans, dans leur globalité, font partie d’une catégorie socialement opprimée, nous ne sommes pas pour autant de simples victimes passives et pathétiques. Nous avons de l’agency, nous sommes capables d’agir sur nos situations, de nous défendre et de contre-attaquer. Et lorsque dans les paragraphes qui suivent je décris certains mécanismes conduisant à la domination des personnes cis sur les personnes trans, c’est simplement pour visibiliser un système peu connu (le cissexisme) et non pas pour confiner les personnes trans dans un rôle de victimes apathiques.


L’instrumentalisation des luttes trans

Au sein de la population cis, il existe des personnes qui n’hésitent pas à initier, organiser ou participer à des événements et actions militantes axés autour des problématiques et revendications trans. Sous son apparence inoffensive voire carrément positive, cette situation implique pourtant de dangereuses conséquences. Premièrement, les frontières entre « se positionner en soutien à » et « faire à la place de » sont parfois floues. Et si tout soutien politique est précieux, il convient de faire très attention à ne pas tomber dans une appropriation illégitime et décomplexée des luttes. En bref : ne me libère pas, je m’en charge ! Deuxièmement, on ne peut analyser une action militante en dehors du contexte dans lequel elle s’inscrit, ni en dehors des enjeux de valorisation sociale et de crédit politique qui existent au sein des milieux militants. Et le problème, c’est qu’une personne cissexuelle impliquée dans les luttes trans (qu’elle ait réfléchit ou non à ses privilèges cissexuels) sera bien souvent perçue comme la « gentille cis super déconstruite, engagée et désintéressée ». Ce qui conduit à une boucémissarisation de certaines personnes cissexuelles (les méchants-vilains-pas-beaux qui ne viennent pas à l’Existrans = équivalent dans les luttes féministes des mecs machos décomplexés) et à une disculpation des autres (les gentilles-sympas-déconstruites-engagées qui viennent à l’Existrans = équivalent dans les luttes féministes des mecs pro-féministes). Pourtant, il semblerait qu’il est aujourd’hui couramment admis dans les sphères féministes que ce n’est pas parce qu’un mec s’auto-proclame pro-féministe qu’il n’a pas quand même des comportements de gros macho ! Ainsi, ce n’est pas parce qu’une personne s’auto-proclame alliée des luttes trans qu’elle n’a pas quand même des tas de comportements transphobes, transmisogynes et cissexistes ! Et il est hors de question qu’on fasse l’impasse sur de tels comportements sous prétexte que la personne en question est pleine de bonnes intentions et a déjà « fait plein de trucs pour les trans ».

Je ne dis pas qu’aucune personne cissexuelle ne doit plus participer à la moindre action autour des revendications trans. Je dis simplement que cela n’a aucune valeur si ce n’est pas couplé avec une profonde auto-analyse de sa propre place et de ses propres enjeux et privilèges, ainsi qu’avec une rigoureuse auto-limitation face aux enjeux de valorisation sociale (en gros, une certaine humilité silencieuse).


L’instrumentalisation des personnes trans

Certaines personnes cis un minimum conscientes des critiques formulées ci-dessus font preuve d’une grande capacité d’adaptation en développant une parade relativement efficace : utiliser une personne trans comme caution.

La plupart du temps, les personnes qui mettent en place de telles stratégies sont souvent tellement sûres d’elles-même qu’elles pensent avoir compris ce qui est bon ou mauvais pour les luttes trans. Bien souvent, ce sont des militants LGB cis en mal de reconnaissance et convaincus que leur expérience personnelle leur permet d’avoir une vision globale et pertinente des problématiques trans et qu’ils sont les seuls à même de faire profiter de leur savoir-faire et de leur réseau à ces pauvres petites personnes trans idiotes et sans défense. Et quand ils décident que telle ou telle action est bonne pour la lutte trans, peu importe qu’ils soient suivis ou non par la communauté trans, ils agiront quoi qu’il en soit. Mais pour ne pas risquer d’être accusés d’usurper la parole des opprimées, il faut qu’ils trouvent une personne trans isolée (souvent dans une situation sociale difficile) pour leur servir de caution et donner un vernis d’« émancipation des opprimées par les opprimées elles-même » à leurs actions. De tels procédés donnent parfois lieu à des situations cocasses, où une action trans est réalisée par dix personnes, dont neuf cis et une trans.

Quelques fois, il arrive aussi que certaines personnes (souvent des femmes cissexuelles, blanches et hétérosexuelles) aient l’ambition de contribuer à la création d’un réel féminisme matérialiste intersectionnel. Cette intention est louable à de nombreux égards, mais est la plupart du temps pourtant vouée à l’échec dès le départ. Quand un groupe militant constitué d’une majorité écrasante de femmes hétérosexuelles, blanches et cissexuelles cherche à créer une « diversité » en son sein par le recrutement souvent malvenu et irrespectueux de personnes racisées et/ou trans et/ou lesbiennes plutôt que de s’interroger sur les raisons qui ont conduit à la constitution d’un groupe militant quasi non-mixte hétéro-cis-blanche, cela sent en général d’avantage le déni culpabilisant de sa propre condition que la reconnaissance des privilèges qui y sont associés. D’autant plus lorsqu’on sait que bien souvent le seul objectif de telles démarches est d’obtenir des « quotas » suffisants de chaque « minorité relative »5 afin de donner une légitimité au groupe majoritaire (les hétéros-cis-blanches) pour parler au nom de toutes les femmes, et que les problématiques considérées comme spécifiques passent généralement rapidement à l’as. Et s’il serait effectivement souhaitable qu’un réel féminisme intersectionnel finisse par voir le jour, je ne pense pas que ce seront des féministes blanches-cis-hétéros qui en seront à l’origine.

Utiliser des personnes opprimées et/ou ayant suffisamment intégré une vision cis-centrée du monde dans le but de satisfaire ses propres objectifs cissexuels et de se donner bonne conscience est une expression particulièrement fourbe du privilège cissexuel. En effet, si des personnes cis s’imaginent suffisamment éclairées pour savoir ce qui est bon ou non pour la cause trans, c’est uniquement parce que le système cissexiste leur a donné un sentiment de légitimité démesuré. Et si certaines personnes trans peuvent être dans des situations où leur survie sociale et leur action politique dépendent du bon vouloir d’une personne cis influente, c’est parce que le système cissexiste cherche à les cantonner à des rôles subalternes et à les tenir éloignées de toute forme de pouvoir.


L’exploitation des visibilités, des revendications, des personnes et des histoires trans

Il arrive aussi que des visibilités, luttes, problématiques ou revendications trans soient détournées afin de servir des agendas LBG et féministes cissexuels désirant profiter d’une tribune. En terme de visibilité, on peut par exemple citer l’Existrans qui se transforme fréquemment en Marche des Fiertés LGB cis. L’immense majorité des participantEs sont cis et une grande partie des slogans scandés seraient dignes d’une Lesbian and Gay Pride quelconque. Ainsi, une manifestation censées à l’origine donner de la visibilité aux personnes trans et intersexes finie par être totalement phagocytée par des personnes cis vaguement trans-friendly à la recherche d’une nouvelle occasion de faire la fête en pleine rue. Mais les personnes cis ne se contentent pas de s’approprier les visibilités trans. Elles exploitent aussi nos revendications et nos problématiques. Pour ce faire, elles se basent sur ce qu’elles croient connaître des questions trans dans le but de valider ou d’invalider leurs propres fantasmes et théories. Dans cette catégorie, on citera notamment certaines féministes cis matérialistes qui cherchent à démontrer le fait que le genre est construit socialement via des arguments particulièrement percutants tels que : « il suffit de regarder les trans » (!). Ou encore les queer, pédés et gouines cissexuelLEs convaincuEs que finalement « tout le monde est un peu trans » puisqu’il suffit de mettre une paire de talons (pour les pédés) ou de se couper les cheveux courts (pour les gouines) pour déroger aux normes de genre et à la binarité homme/femme.

Les personnes cis se débrouillent aussi très bien pour s’approprier l’histoire trans et s’assurer l’exclusivité de l’expertise concernant les personnes trans. Cela se voit notamment souvent dans les sphères universitaires où la moindre personne cissexuelle rédigeant un article ou une thèse sur le genre ou la transidentité peut rapidement être considérée comme experte de la question. Cela implique que des personnes en réalité parfaitement illégitimes (étant cis) finissent par détenir les clés d’une certaine réalité officielle quant aux histoires, questions et enjeux trans. Ce ne sont plus les personnes trans concernées que l’on écoute, mais tel universitaire cis qui a travaillé sur les questions trans. On peut aussi observer de tels phénomènes dans le monde des médias au sein duquel des personnes cis se bâtissent des carrières en réalisant des films ou en rédigeant quelques lignes sur des personnes trans en ne cherchant jamais à mesurer nos réalités mais uniquement à valider leurs propres fantasmes et à faire de l’audimat.

Enfin, dans l’ombre de la « vie privée », il arrive assez souvent que des personnes cis profitent de la position sociale d’une personne trans pour l’exploiter de différentes manières. Puisqu’on vit dans un monde cissexiste, il arrive que des personnes trans soient, à un moment ou à un autre de leur vie, dans des situations affectives et relationnelles relativement pauvres et précaires, les amenant à subir toutes sortes de comportements abusifs. Pour exemple, je citerais les personnes cissexuelles qui profitent du manque de confiance en soi de certaines personnes en début de transition pour en faire des jouets sexuels dociles et soumis, celles qui profite du peu de vie sociale ponctuel de certaines personnes trans pour leur demander systématiquement de garder leur chat, leur chien ou d’arroser leurs plantes à chaque fois qu’elles doivent s’absenter pour assister à un événement mondain, celles qui appellent leurs amiEs trans quand elles n’ont rien d’autre à faire ou quand elles n’ont pas trop la forme et qui les oublient dès que ça va mieux, etc. Les personnes trans dans de telles situations finissent parfois par ne même plus avoir de prise sur leur propre vie et par être coupées du reste du monde, dépossédées de leur temps et de leur espace. Bien entendu, ces mécanismes (comme bon nombre de ceux décrits dans ce texte) ne sont pas propres aux rapports cis/trans, mais sont des constantes des systèmes de domination. Je les utilise justement pour démontrer que le cissexisme et un système d’oppression parmi d’autres.


Un sabotage généralisé

Si les personnes cis veulent garder leur place, leur pouvoir et leur légitimité, il leur est nécessaire de saboter les solidarités trans afin d’éviter que les personnes trans ne se regroupent et soient en mesure de se passer de la validation et/ou de l’attention des personnes cis.

Nous sommes nombreuses et nombreux à avoir vécu une partie de notre vie dans la solitude (souvent les quelques années qui précèdent notre transition et les premiers temps de notre transformation physique) et une telle expérience laisse des marques dans notre capacité à nous regrouper, à nous faire confiance et à nous reconnaître dans des enjeux et intérêts communs.

Les personnes cis savent profiter de cette situation et n’hésitent pas à se démener pour tenter de nous éloigner les unEs des autres. Pour ce faire, il arrive qu’elles suscitent des sentiments de concurrence entre les personnes trans (hiérarchisation selon la beauté, le passing, la conformité ou non aux normes sociales, etc.), s’appuient sur des différences politiques au mépris du lien communautaire (hiérarchie entre positionnement radicaux ou soc-dem, mepris des solidarités communautaires lorsqu’elles passent avant les alliances politiques), fassent pathétiquement jouer des jalousies en donnant de la place aux unEs mais pas aux autres (appropriation/rejet d’une personne en particulier, acceptations sélectives, etc.), ou encore qu’elles frelatent des sujets de recherches universitaires ou des projets militants portés par des personnes trans, réduisant ainsi leur portée…

Bien que particulièrement puérils et sournois, de tels comportements profitent des différences de pouvoir social entre personnes cis et personnes trans instituées par l’hétérocispatriarcat pour empêcher l’affirmation de fiertés trans et nuire à la constitution de communautés trans fortes, confiantes et solidaires qui risqueraient de porter atteinte à la suprématie cis.

***
PERSPECTIVES

En raison des mécanismes cissexistes et trans-misogynes bien ancrés et dissimulés dans la société patriarcale ainsi que dans les sphères militantes féministes et LGBT, le trans-féminisme ne réussit pas à trouver de point d’accroche solide ni à maintenir un cap sans en être détourné.

Si l’on veut réellement provoquer une rupture entre nos milieux militants et la société patriarcale, et ainsi développer des alternatives satisfaisantes conduisant elles-mêmes à des offensives contre cette fameuse société patriarcale, il est urgent d’opérer à un certain nombre de changements dans la structure même de nos milieux et de nos esprits.
Tout d’abord, il y a une nécessité urgente à revaloriser le féminin, la féminité et la féminitude. Les rôles et comportements socialement considérés comme « féminins » ainsi que leurs expressions plus ou moins conventionnelles doivent faire l’objet d’une réelle attention et compréhension. Si le patriarcat cherche certes à affaiblir les femmes, il cherche aussi à les exploiter. Et pour ce faire, il nous a attribué des rôles réellement utiles (la gestion de l’affectif, la rassurance, l’écoute, la gestion du « foyer », etc.) qui, s’ils ne doivent plus se faire au service des hommes, restent cependant utiles au sein de nos communautés (il faut bien que quelqu’un fasse la bouffe et fournisse des épaules sur lesquelles pleurer !). Ainsi, plutôt que de reproduire les schémas patriarcaux en invisibilisant les femmes/lesbiennes qui, au sein de nos communautés, prennent en charge ces rôles, il conviendrait mieux de leur redonner une place réellement considérée et de les répartir à chacune selon ses besoins/moyens, au même titre que des rôles et comportements dits « masculins » qui nous sont aussi bien utiles dans nos fonctionnements et dans la construction de nos émancipations. En bref, mon émancipation passe autant par le fait d’être accessible, impliquée et attentionnée envers mes sœurs et mes camarades que par le fait d’être inaccessible, insensible, et offensive envers les agents du patriarcat.

Ensuite, il est nécessaire que nous prenions le temps de redéfinir nous-mêmes nos réalités transsexuelles et transgenres. Nous devons, en tant que premierEs concernéEs, nous saisir de la parole et de l’expertise qui nous ont été historiquement refusées. Nous devons prendre le contre-pied des interprétations cissexuelles de nos vécus et de nos histoires, afin de pouvoir nous exprimer dans notre multitude et notre complexité, sans nous phagocyter mutuellement. Nous devons refuser l’objetisation et la fétichisation qui nuisent à nos communautés et nous défaire des projections cissexuelles que nous avons assimilé. Nous devons faire preuve de rigueur politique en refusant l’intégration et la subordination, et cela passe entre autres par des formes strictes de non-mixité. Nous devons trouver le temps de nous affirmer collectivement.

Enfin, il faut aussi et surtout que les personnes opprimantes (en l’occurrence les personnes cis, même si je pense que cela peut s’appliquer à diverses catégories sociales) sortent de la dynamique déni/culpabilité qui conduit soit à faire n’importe quoi, soit à ne rien faire du tout. Il est nécessaire que les personnes cissexuelles abandonnent leur légitimité débordante et leurs certitudes prétentieuses. Il est grand temps qu’elles se posent réellement des questions sur leur position sociale et leur identité de genre, qu’elles soient à l’écoute et qu’elles cherchent à comprendre par elles-mêmes les réalités et vécus trans sans pour autant être intrusives ou inquisitrices. Il est temps que les personnes cis arrêtent de chercher valorisation sociale et crédit politique dans nos jupes ou nos jeans. Il est temps qu’elles prennent conscience de leurs comportements cissexistes et transmisogynes et qu’elles prennent leurs responsabilités par rapport à ça. Il faut qu’elles arrêtent de manger à tous les râteliers en voulant être alliées des luttes/personnes trans tout en continuant à cautionner par leur présence et/ou leur silence des événements transphobes et/ou transmisogynes.

Et c’est seulement une fois que de telles mutations seront enclenchées que nous pourrons envisager d’éventuelles solidarités entre personnes cis et trans, que nous pourrons envisager de réelles émancipations féministes aussi riches et variées que le sont les lesbiennes et les femmes, que nous pourrons prétendre à un éventuel embryon d’alternative à la société patriarcale, et que nous aurons peut-être la chance de voir émerger un réel féminisme intersectionnel.

———-
1Il est intéressant de noter que depuis la rédaction de cet article, nous avons vu naître ceci : http://commentsensortir.org/2013/04/15/cfp-transfeminismes-politiques-des-transitions-feministes
2. La plupart du temps utilisé comme tel en français
3. Cf dernier paragraphe de la partie « misogynie classique » concernant la notion de « choix ».
4. Pour une critique de la notion de « passing », voir Julia Serano, « Dismantling Cissexual Privilege », in Whipping Girl, a transsexual woman on sexism and the scapegoating of femininity, Seal Press, 2007.
5. J’utilise le terme de « minorité relative » afin de mettre en évidence le fait que ce qu’on appelle souvent les « minorités » n’en sont pas forcément toujours. Pour ne citer que deux exemples, si les femmes/lesbiennes trans représentent une réelle minorité (dans la mesure où le pourcentage de femme/lesbiennes trans sur l’ensemble des femmes/lesbiennes est relativement faible), ce n’est pas le cas des femmes/lesbiennes racisées qui, si elles sont réellement minoritaires dans le féminisme raciste franchouillard, ne le sont pas pour autant dans la classe des femmes/lesbiennes. Pourtant, les problématiques des femmes/lesbiennes racisées sont considérées comme « minoritaires » au sein de nombreux mouvements féministes. Le terme de « minorité relative » désigne donc les personnes et problématiques considérées comme minoritaires au sein des mouvements féministes mainstream, qu’elles soient ou non des minorités réelles.

Author / Source: Badasses Zine

Saturday, 15 November 2014

Science Shows There's Only One Real Way to Listen to Music

Steve Jobs, the man who invented the iPod and ignited the digital music revolution, never listened to MP3s.


Instead, he only listened to vinyl. He felt there was something vacuous about listening to music in a digital form and was surprised at the success of his own product — that so many people had willfully traded quality "for convenience or price." He had good reason to be skeptical.



Digital doesn't hold up: 

Nothing about the way we listen to music these days comm ands attention like or yields the quality of a physical record. Though there is a movement back towards vinyl, there's an even bigger movement towards streaming — and with it, a whole new paradigm for how we hear music.


But it's clearer than ever before that the digital revolution has changed not only how we consume music but what music can do for and to us. Expert scientists have begun to explore the possibility that listening online might totally neuter music's power over listeners.

Their conclusion? It does. Powerfully.

Source: Getty Images


Skipping and skimming:  

Poppy Crum, senior scientist at Dolby Laboratories and consulting professor at Stanford's CCRMA school (Center for Computer Research in Music and Acoustics), spoke with Mic about the psychological effects our digital music habits are having. 


"True love or appreciation for a piece of music ... comes with depth of knowledge of that music," she said. She cited three important factors in creating a genuine experience with a piece of music — "repeated exposure, iterations and intent" — which can be short-circuited in a "taste and go" environment. To her mind, though, the benefits of streaming in terms of access and broad music appreciation far outweigh the potential negative effects of streaming habits on our emotional experience.

"Those sorts of heightened emotional responses of pleasure and enjoyment and satisfaction come in a way that is counter to rapid, quick streaming and constant exposure to a lot of different things," Crum said.


Skipping and listening inattentively, then, can get in the way of building those connections: "[It] wouldn't be experienced initially, and would bypassed very quickly in a sort of 'taste and go' streaming environment."



But that's exactly how we listen now.  

Recently collected Spotify data illustrates how short our musical attention spans have become. There's only about a 50% chance we'll actually make it to the end of a song. If people are barely listening to a song once all the way through, they're likely not returning to build those emotional connections. If they do, they might not have a foundational experience on which to form them.


Many music professionals have also discussed this lack of connection, and they blame the dwindling quality of audio files for it. When record companies digitally convert recorded music, which consumes a ton of data in its original form, they turn it into the much smaller MP3 format. 


But this compressing process strips about 91% of the actual musical data and fills in the gaps using algorithms. The volume is then jacked up to make up for this lack of distinctiveness, and the resulting waveform is barely recognizable. Not only that, it can actually exhaust your ears to listen to it. It ends up looking like a solid brick of noise, as the following portion of the infographic "A Visual History of Loudness," created by designer Christopher Clark, shows.

Source: NPR / Christopher Clark

Bob Ludwig, a record mastering engineer, believes this is one of the chief reasons people don't engage with albums as deeply anymore. "When you're through listening to a whole album of this highly compressed music, your ear is fatigued," he told NPR. "You may have enjoyed the music but you don't really feel like going back and listening to it again."


Research shows that musical quality has a huge effect on emotional response. A recent study performed by audio researchers at DTS divided a group of listeners into two groups — one that watched a video accompanied by standard stereo 96-kbps sound (Spotify's default audio setting) and the other group listened in 256-kbps audio format. The responses in the brains of the group listening with the 256-kbps audio were 14% more powerful on metrics measuring memory creation and 66% higher on pleasure responses. And this was just 96 to 256 kbps. 


Vinyl records are estimated to play at a whopping 1000 kbps. Music might not just have lost its revenue when it switched to digital; it may have lost its emotional power too.


What the future will hold:  

Though our ability to respond emotionally and intellectually to music has taken a hit in the move to digital, it's clear that music still holds a tremendous amount of power for people. We wouldn't need an unlimited streaming service if it didn't. 

However, music's function may change as we move deeper in our increasingly digitized, technology-dominated world. 


"Music may have been something we were more focused on in the past, an event we could allocate more attention to. It still exists in that way in some sense. Now it's becoming something we distribute our attention across," Crum told Mic. She believes that ubiquitous music enabled by streaming may actually become a vital tool in keeping us focused within a world that continues to fragment our attention spans.


But something will still be lost — not just the cover art on a vinyl, or the existence of a platinum album. What we lose with our new formats and habits for listening to music is a piece of ourselves; the musical part you keep in your heart, not your pocket.


Author / Source:  Tom Barnes for Mic

Tuesday, 11 November 2014

I'm Intersex and My Body Works Just Fine, Thank You

 []


For many intersex people, the condition is still shrouded in shame and secrecy.  ​Children often have their genitalia removed or "tidied up" at birth, obviously without being able to give consent. Because of this, there is little research into the long-term effects of being intersex, but those who have either had their testes removed or their enlarged clitorises mutilated often have long-term hormone problems.

Striving to stop the perpetuation of false information and general prudishness, Quinn recently came out as being intersex in an  ​open letter after MTV's show ​Faking It brought on an intersex character that Emily consulted with them on. 


Emily Quinn. Photo by ​Chloe Aftel


Going back, what were the initial indicators that you might be different?

​ In my case, there weren't too many when I was first born. They would have had to have done a chromosome test to find out. As I was growing up there were small indicators, like, I was always tall with big feet. I have an aunt who has AIS (Androgen Insensitivity Syndrome) as well, and she told my mom that she thought I might have it, so mom took me to the gynecologist when I was ten and that's when we found out. 

But there was nothing visible about me in particular—which is usually the case with complete AIS. If I had responded to the testosterone in my body at all then my genitalia would have "masculinized" a little. But for me that wasn't the case.

Right. So, there's ​CAIS and ​PAIS. What's the difference?

AIS is on a spectrum. You could be completely insensitive, which is pretty much what I am, all the way down to just partially insensitive. So there are—albeit not a lot of—AIS men. I fall under CAIS (Complete Androgen Insensitivity Syndrome) so I present as female, but I have male (XY) chromosomes and testes.

[]


If it ain't broke...

Right. There's no point in having them removed. Unless they herniate or something, or, like I said, become cancerous. But if I get them removed I'll immediately have to go on hormone replacement therapy until I'm 60. The testes are what are making my hormones, so I would need to replace that or I'd develop osteoporosis or go through menopause. I'm very stable right now, health-wise.


So why might some doctors say you should have them removed?

People want to "fix it." Doctors want to fix the problem that they imagine is there. That's the biggest hurdle, that doctors are uncomfortable with the idea that a girl could have testes. A lot of them believe that they have a high risk of becoming cancerous, because there is not a lot of research on women with AIS with their testes.


[]

Why is it important to have the I and T in LGBTI? They're not sexual minorities.

I mean, L, G and B are about sex. T is about gender, and I is about biological sex. But one of the new acronyms that I keep seeing is GSM, which is Gender and Sex Minority. I think having the I in LGBTI is important, though, because we go through a lot of the same things. We feel ashamed. A lot of people are bullied and do feel like they're different, and being in a minority that's related to gender, sex, and sexual orientation, they're connected in lots of different ways. That's not to say that all intersex or LGBT people feel like that. 

It's hard because, with LGB people, there's nothing medical that you can fix (as much as some people like to think their is). And with us, because of a medical diagnosis, a lot of people who are LBGT don't think we belong in the LGB community. But I think that the important things that a lot of LBG people go through—feeling stigmatized, being closeted—are important binders that we can take away from the LGBT movement. They are things we feel on a daily basis, too.

 
Why is it important to you to be such a visible presence for AIS people?

I was told I was the only person like this when I was growing up, and it was very lonely and scary. I wanted to look into the media for somebody to say that they were the same as me. I remember reading about certain celebrities and wanting them so badly to say that they have AIS, just so that I didn't feel like I was such a freak or a horrible person. So that's the main reason. I don't want any kids going through this to feel like that.

I'm in a place where I'm very comfortable with my body, but not a lot of people are, and that's not a good place to be. But more than that, it's about all of these surgeries that happen without consent, on babies, on children that are two or three, even on adults. If people become more accepting about it then we will get more doctors who think twice about operating to try and "fix" us, to try and take away the thing that is making someone else uncomfortable. We're not broken. 


Read Emily Quinn Interviewed by Hanna Hanra on Vice

Wednesday, 5 November 2014

7 Telltale Signs Social Media Is Killing Your Self-Esteem


In this technological age, social media has become a primary gateway to connect with friends and the world around us as part of our daily ritual. Yet what often begins as a harmless virtual habit for some can fast-track into a damaging, narcissism-fueled addiction which impacts negatively upon our self-worth and the way we perceive others.

 
Studies show that up to two-thirds of people find it hard to relax or sleep after spending time on social networks. Of 298 users, 50 percent said social media made their lives and their self-esteem worse. So just what exactly is it about social media that allows it to affect our self-worth?

According to psychotherapist Sherrie Campbell, social media can give us a false sense of belonging and connecting that is not built on real-life exchanges. This makes it increasingly easy to lose oneself to cyberspace connections and give them more weight than they deserve.

When we look to social media, we end up comparing ourselves to what we see which can lower our self-esteem. On social media, everyone’s life looks perfect but you’re only seeing a snapshot of reality. We can be whoever we want to be in social media and if we take what we see literally then it’s possible that we can feel we are falling short in life,” Campbell told AlterNet.

How do you tell if your social network habit is healthy or harmful? If you find yourself feeling stressed, anxious or having negative thoughts after using social media, it may be time for a break. Here are seven telltale signs social media could be negatively impacting your self-esteem…and what you can do about it.


1. Social media disrupts your real-world thoughts and interactions.

If you feel worried or uncomfortable when you’re unable to access social media or your emails, it is likely your social media dependency is compromising your self-esteem. Additionally, if you’re thinking about social media first thing in the morning and just before you go to bed, or you find yourself simultaneously juggling face-to-face encounters with your social media habit like facebooking or tweeting, there’s a good chance social media is disrupting your life in a negative way and may in fact be impinging on your real-life relationships. Time to hit the breaks and take back control of your life.

 
2. Social media affects your mood.


If this voyeuristic habit is affecting your thoughts and feelings about yourself, it is likely harmful to your self-esteem. A new study released last week found a prominent link between eating disorders and social media. Women who spent longer periods of time on Facebook had a higher incidence of “appearance-focused behavior” (such as anorexia) and were more anxious and body conscience overall. What’s more, 20 minutes on social media was enough to contribute to a user’s weight and shape concerns. It follows that the emptier one’s personal life, the more one will be attracted to the virtual world, with bored or lonely people spending more time on social media than those who are busy or active.


3. Real-life interactions are difficult and being alone is uncomfortable.

If you’re struggling with face-to-face connections or find it difficult to communicate, social media may be to blame. Studies have shown social media is a pathway to shallow relationships and emotionally detached communication. An  Australian study found that Facebook users experienced significantly high levels of “family loneliness.” Campbell explains, “Social media is a very lazy way to be in relationship with somebody and impacts on the inability to be alone. We have a generation of kids growing up not knowing how to just sit in their own space because there is constant social noise. Kids are losing the idea of what it means to wait for information—they get it right now. They don’t know that idea of alone time or patience. Technology allows us to have connections when we want it without having to wait, but we’re never going to be able to snuggle up with the computer at night. Human touch remains a fundamental physiological need,” she said.


4. You find yourself envious about what others are promoting.

When we are depressed or down or just feel bad in general, it is easy to become jealous or envious of what other people are advertising about their life, particularly images of alleged happiness or success. This may make us feel inadequate simply because we don’t have what they have or because our self-worth is low. It is important to remember that what you are viewing is only a small sliver of someone’s life, which for the most part, is heavily embellished and mostly rooted in fantasy. When such images are starting to poison the way you look at your own life it may be time to step away from the screen.

5. You relish in others’ misfortune.


If you find yourself happy when other people are unhappy on social media, it may be time to ask yourself whether social media is a healthy psychological choice for you. You may merely be validating your own misery and unhappiness by comparing yourself to others. But even those advertising their tragedies on social media are doing so because they crave attention, whether positive or negative, in a bid to boost their low self-esteem. Christopher Carpenter, author of a study titled “Narcissism on Facebook,” explains: “If Facebook is to be a place where people go to repair their damaged ego and seek social support, it is vitally important to discover the potentially negative communication one might find on Facebook and the kinds of people likely to engage in them. Ideally, people will engage in pro-social Facebooking rather than anti-social me-booking.” If this is you, it’s time to invest in a social media diet.


6. You measure your success by others.

Reality check: the number of contacts or likes a person may receive on social media doesn’t equate with life success. Sure, social media allows us to assume everyone else is feeling and living a better life than we are but what are we really seeing here? It isn’t a person’s whole life, not even a reflection of reality, but merely a glimpse of the life they choose to present through rose-colored lenses. Campbell explains: “When someone has a lot going on and everything they post seems perfect, we think they are lucky but social media is merely a way to project your story onto somebody else—whether you’re projecting from high self-esteem or low esteem, you’re making up a story.” Campbell says it’s more productive to make real-world changes that will help you feel more successful and secure in your life than to spend time building your social media online persona.


7. You’re addicted to the attention and drama.

It’s easy to get sucked into the drama and juicy gossip encapsulated by social media especially when your own real life is lacking any sort of excitement or fulfillment. But this can be a dangerous game to play and often people get hurt. Studies have shown that Facebook contributes to jealousy in relationships and excessive use can in fact damage relationships by virtue of the fact that information a person would not normally share becomes public knowledge. This leads some to desperate measures like becoming amateur private investigators as they embark on a digging expedition to locate incriminating material. Case in point: your fiancé has just been tagged in a picture with a mysterious, half-naked woman. Uh oh! Expend your energy on more worthwhile real-life pursuits which are likely to benefit, rather than impair, your self-esteem.


Need a Solution? 

For those who think their self-esteem is being influenced negatively by social media, Campbell says the most important thing to do is reconnect with your presence and your personal brand—that means unhooking from computer land.
I encourage people to turn off social media and eliminate it from your life. Get back into your real life. If you can’t do that, then start monitoring your usage, particularly just before bed or remove or block specific people that make you feel negative about yourself. Self-awareness is such an important step. If you realize why you’re turning to technology in times when connection or learning new information isn’t critical, you’ve made the first step to reconnecting with yourself. Spring-clean and get back to the real world,” she says.


Author / Source: Jodie Gummow for Alternet

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